Série Le chemin de croix dans la montagne

Billet 4 : Les femmes sur le chemin de la croix

À part les scènes qui représente la vierge Marie, trois stations du chemin de la croix nous présentent des femmes: À la sixième station Jésus rencontre Véronique, à la huitième Jésus rencontre des femmes de Jérusalem et à la douzième station nous retrouvons Marie Madeleine au pied de la croix. Que nous révèlent ces trois scènes?

La scène de la rencontre avec Véronique ne se retrouve pas dans les Évangiles. Véronique, est un personnage qui n’est jamais mentionné dans le nouveau Testament. Son l’histoire se répand entre le septième et le huitième siècle. Elle est présenté commet d’une femme pieuse de Jérusalem qui, poussée par la compassion, lorsque Jésus-Christ portait sa croix au Golgotha, lui a donné son voile pour qu’il pût essuyer son front. Jésus accepta et, après s’en être servi, le lui rendit avec l’image de son visage qui s’y était miraculeusement imprimé. C’est seulement au quinzième siècle, sous l’influence du théâtre des mystères, que se popularise la légende de Véronique sera plus régulièrement associée à la Passion du Christ et inscrit dans le chemin de la croix.

Quand nous regardons la présentation que nous retrouvons dans notre chemin de croix, nous retrouvons un grand dépouillement, deux personnes face à face, Jésus no porte pas sa croix, c’est sans doute Simon de Cyrène qui s’en est chargé. Véronique baisse les yeux et s’agenouille dans un geste de respect, elle tient un voile dans ces mains, sans doute une allusion discrète au voile qu’elle aurait utilisé pour essuyer la figure de Jésus, mais rien de plus. Jésus la regarde et semble faire un pas vers elle comme s’il marchait à sa rencontre. Même s’il est fermement engagé sur son chemin vers le Golgotha, il prend le temps pour répondre à ce geste de tendresse.

L’autre rencontre, celle avec les femmes de Jérusalem trouve son fondement dans le récit de Luc

« Il était suivi d’une grande multitude du peuple entre autres de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentait sur lui. Jésus se tourna vers elle et leur dit Filles de Jérusalem ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants… (Luc 23, 26-28)

Si Jésus semblait aller à la rencontre de Véronique, ici la situation est différente. Dans la scène qui nous est proposée ici, il ne semble pas y avoir de liens entre Jésus qui va son chemin et ces femmes qui le regardent passer. Il n’est pas détourné de son chemin par ces femmes qui représentent cette population qui s’est montré indifférente à son message. Une des femmes à son enfant dans les bras, leur regard semble plutôt indifférent. Les femmes sont silencieuses. Les paroles de Jésus dont parle Luc, ne sont pas présentées comme un dialogue mais comme un avertissement lancé par Jésus. Ces paroles ne semblent pas être particulièrement pour ces femmes, mais pour ce peuple qui n’a pas su reconnaître son Sauveur. Le message de Luc semble clair, La tragédie qui se déroule n’est pas tellement la mort ignoble de Jésus mais le refus du peuple d’accueillir le message du salut. Jésus continue sa marche et laisse derrière lui ces trois femmes qui au fond représentent ce peuple juif qui a rejeté l’offre de salut.

Les femmes au pied de la croix

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de clopas et marie de Mandala » (Jn 19,25),

Ici la scène ne présente que deux femmes, Marie sa mère et marie de Magdala. La Revue L’Oratoire de février 1946 parle de cette statue remarquable : « Voici la statue de Madeleine au pied de la croix sur laquelle vient de mourir son Seigneur. La grande repentante n’a pas eu comme la Vierge marie la force de rester debout. Elle s’est blottie là dans un geste d’abandon et d’amoureuse confiance » (p 56) Regardant de plus près cette statue, « Les traits de la figure sont affaissés : le Bien-Aimé n’est plus. Mais on sent derrière ces yeux fermés une pensée qui demeure : L’image de la bonté du Maître a désormais marqué sa vie. Elle ne veut plus rien voir au dehors, elle ne cherche pas d’avantage à attirer les regards : c’est par le cœur qu’elle vit maintenant. » (p.55)