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« Homélies pour l’Année A » par Tiburtius Fernandez Éditions Carte Blanche, Montréal, 2007. Disponible en librairie et à la boutique de l’Oratoire Saint-Joseph
| Dimanche de la Pentecôte - Année A |
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Dimanche de la Pentecôte
Année A
(11 mai 2008)
[Actes 2 : 1-11 ;
Psaume 103 (104) : 1,24,29-31,34 ;
Galates 5 : 16-25 ;
Jean 20 : 19-23]
Pentecôte veut dire « cinquante ». Pour nous, le jour de la Pentecôte clôt cinquante jours de joie pascale. En effet, aujourd’hui, c’est le cinquantième jour après la Pâque. Mais la Pentecôte avait déjà sa place dans le calendrier juif. La Pentecôte était une fête de l’antiquité, émanant du monde rural, appartenant à des cultivateurs et des bergers ; c’était une fête liée à la moisson, une fête de reconnaissance pour les fruits de la terre. La tradition hébraïque avait adopté cette fête ancienne et en avait fait la fête du don de la Torah, une sorte de moisson de la loi pour le peuple d’Israël par l’entremise de Moïse, sur le mont Sinaï. Le peuple juif était très fier de célébrer le don de la Loi qui avait fait d’eux un peuple mis à part pour leur Seigneur Dieu. Cette fête était célébrée au cinquantième jour après la fête pascale et on l’appelait aussi la Fête des Semaines car on la célébrait exactement sept semaines après la Pâque (Lévitique 23 : 15-22 ; II Maccabées 12 : 31-32 ; Deutéronome 16 : 9-12). Ainsi pour les Juifs, les deux fêtes de Pâque et de Pentecôte étaient liées : il fallait qu’à Pâque le peuple ait été arraché à l’esclavage pour devenir à la Pentecôte le peuple de Dieu. La Pâque préparait la Pentecôte, la libération préparait l’alliance.
Cette Pentecôte des Juifs signifie pour nous la maturation des apôtres. Les gens avaient vu des langues de feu descendre sur leur tête, mais surtout aujourd’hui ils sont des hommes et des femmes en feu. À la résurrection Jésus avait déjà insufflé en eux l’Esprit Saint (Jean 20 : 22), mais à la Pentecôte la prise d’assaut par l’Esprit marque le commencement de la proclamation de la Bonne Nouvelle. L’Église est née. C’est un nouveau jour de moisson.
La Pentecôte était une des trois fêtes pour lesquelles les Juifs montaient en pèlerinage à Jérusalem. Donc en toute vraisemblance, tous les disciples avec Marie étaient rassemblés ce soir-là dans le cénacle pour la Veillée de la Fête (Voir Actes 1 : 14-15). Bien sûr qu’ils y étaient rassemblés par peur des autorités, mais comme nous l’indique les Actes des Apôtres, en cette journée tout Jérusalem grouillait du monde venu de tous les pays : « Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel… Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la Mer Noire, de la Province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes… » (Actes 2 : 5, 9-11).
Pierre et les douze apôtres sortent du cénacle et ils se font entendre de tous ces hommes, chacun entendant l’événement dans sa langue, chacun ainsi respecté dans sa différence. Que chaque nation puisse écouter sa propre langue et la parler signifie que tous ont une valeur, une originalité, une histoire. Ainsi à la Pentecôte, chaque peuple a gardé ses frontières. Les frontières n’ont pas été effacées, car le rôle des frontières est de permettre à chaque personne et à chaque culture de sauvegarder son génie propre et son identité irréductible. Cela signifie aussi que la richesse du mystère du Christ ne peut être exprimée que par toutes les langues du monde à la fois. Il nous revient à tous d’y travailler.
Par contre, cela montre aussi que le vrai danger serait le subjectivisme et l’individualisme qui finiraient par nous enfermer en nous-mêmes en nous rendant incapables de communiquer nos valeurs authentiques, et apporter notre part pour l’édification de la société. Ce danger représente le revers de la médaille, car les frontières peuvent devenir répressives et étouffantes et freiner la marche vers plus de liberté et d’épanouissement. Elles peuvent étrangler les esprits, ne permettant plus à la passion d’embraser les cœurs. Comme l’a dit Éric Linklater, « Si chacun pouvait choisir son lieu de naissance, certains pays seraient complètement vides ».
Au fait, chaque culture est le résultat de toutes les autres cultures. La richesse de chaque culture vient de sa capacité d’interagir avec les autres. À bas donc les frontières qui ne seraient que des murs infranchissables enfermant les gens sur eux-mêmes, mais vivent ces frontières qui seront des tracés symboliques, ouverts, garantissant à chaque peuple la grâce d’être unique, préservant les royaumes intérieurs, favorisant la sauvegarde de la culture. Ainsi serait garanti le don de la terre que Dieu a fait à tous les peuples, avec le devoir de partager la planète pour que chaque peuple ait sa part équitable. En ce sens, la Pentecôte nous révèle que chaque terre est une Terre Sainte comme chaque langue est dépositaire des semences de l’Esprit.
Voilà pourquoi, l’Esprit de la Pentecôte qui maintient les frontières, instaure en même temps la communication universelle, en poussant les apôtres au dehors du cénacle dans lequel ils s’étaient enfermés. L’Esprit respecte la diversité des langues et des cultures, mais il se sert de ces langues pour plus de communion et de compréhension parmi les peuples. Tout cela montre que reconnaître l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans nos vies, ce n’est pas renoncer à notre propre personnalité, c’est plutôt la construire. Autrement dit, célébrer la Pentecôte, c’est prendre une vive conscience du fait que nous sommes une communauté, mais une communauté tournée vers le dehors, poussée par l’Esprit à la rencontre de chaque homme et de tous les peuples. Les chrétiens ne sont pas faits pour rester entre eux.
« Pentecôte ! », et les portes s’ouvrent. Il est temps de nous mettre en route à la suite des apôtres. C’est à nous maintenant de devenir des instruments indispensables à l’Esprit pour construire le Royaume. Que le souffle de l’Esprit ouvre les portes du dialogue et de la communication entre les peuples.
Amen.
Suggestion pour l’Introduction à la messe :
Jour de la Pentecôte ! Jour de l’Esprit ! Proclamation de la Bonne Nouvelle à toutes les nations ! Jour du Seigneur ! Célébrons avec joie la fête de la Pentecôte. Ouvrons nos cœurs pour recevoir l’Esprit comme un don de Dieu. Esprit de sainteté, Esprit de joie, Esprit de feu. Qu’il nous délivre de nos fautes et renouvelle l’univers. Reconnaissons que nous sommes pécheurs.
Suggestions pour la Prière Universelle :
Introduction :
Dans les Actes des Apôtres, nous voyons un magicien nommé Simon qui essaie d’acheter l’Esprit Saint. Il offre de l’argent aux apôtres et leur demande de lui vendre le Saint Esprit (Actes 8 : 18-24). Mais Dieu refusera-t-il l’Esprit Saint à ses enfants s’ils le lui demandent (Luc 11 : 13) ? Prions maintenant le maître de la moisson d’envoyer son Esprit sur les ouvriers de la moisson et sur notre monde. Prions ensemble.
Conclusion :
En l’absence de ton Esprit, les apôtres s’étaient enfermés dans le cénacle par peur des autorités. Quand l’Esprit les a saisis, ils ont déverrouillé les portes et sont partis sur les places publiques proclamer la Bonne Nouvelle à tous les peuples. Sous l’impulsion de ton Esprit, fais de nous, Seigneur, des témoins joyeux, brûlant du désir d’annoncer ta Bonne Nouvelle à tous nos frères et sœurs. Nous te le demandons par le Christ, notre Seigneur. – Amen.
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| L'Ascension du Seigneur - Année A |
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L’Ascension du Seigneur
Année A
(4 mai 2008)
[Actes 1 : 1-11 ;
Psaume 46 (47) : 2-3, 6-7, 8-9 ;
Éphésiens 1 : 17-23 ;
Matthieu 28 : 16-20]
Aujourd’hui nous célébrons l’Ascension du Seigneur. La lecture nous dit que les apôtres virent leur Seigneur s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée (Actes 1 : 9). Jésus est parti au ciel. Est-ce que les Américains, qui voyagent dans l’espace, pourraient un jour le rencontrer ? Quel est donc ce phénomène contraire à la gravitation qui fait qu’un être semblable à nous, même si c’est après sa résurrection, peut ainsi monter au ciel, à tel point qu’on montre encore ici ou là en Palestine, le pas de Dieu, c’est-à-dire, la dernière trace du pas de Jésus sur cette terre ? D’ailleurs l’astronaute russe Youri Gagarine, le premier homme à faire le tour du monde dans un vaisseau spatial, aurait répondu négativement quand quelqu’un lui avait demandé s’il avait vu le Christ là haut. C’était en 1961.
Non, l’essentiel n’est pas là. Comme le dit un théologien orthodoxe, nous savons bien que « l’ascension au ciel n’est pas l’éloignement du Christ dans les espaces astronomiques des galaxies. Les galaxies sont sa création et le ciel n’est pas un lieu comme l’est notre univers créé. Notre Seigneur vainqueur de la mort monte vers le Père. Le ciel, c’est la Sainte Trinité même, dans sa gloire incréée, au-delà de tout ce que nous pouvons penser. »
La première lecture d’aujourd’hui, tirée des Actes des Apôtres, nous présente l’Ascension comme l’événement qui clôt un chapitre et inaugure une nouvelle phase dans la vie des apôtres. Les anges demandent aux apôtres de quitter la montagne et de retourner dans le monde. Dans ce récit, saint Luc, l’auteur, nous dit que cela s’est produit quarante jours après la résurrection, sur le Mont des Oliviers à Jérusalem. Le même auteur, lorsqu’il parle de l’Ascension dans son évangile (Luc 24 : 50-53), nous dit que l’Ascension s’est produite le soir même de la Pâque, dans le village de Béthanie. (1) Ainsi Luc veut nous faire comprendre que l’Ascension était une expérience intérieure et personnelle des apôtres et les récits des évangiles et des Actes des Apôtres ne doivent pas être pris dans un sens littéral, mais doivent être interprétés pour la meilleure compréhension de ceux qui cherchent la vérité.
Comment alors comprendre la phrase : « Ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée » (Actes 1 : 9) ? Jésus avait dit à ses apôtres, la veille de sa mort : « Encore un peu, et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez… Votre cœur alors se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira » (Jean 16 : 19, 22).
Il y a plusieurs façons de voir quelqu’un. On peut regarder une personne, et on peut voir seulement les traits de son visage, sans rien connaître de ce qu’il recèle. Mais qu’un sourire éclaire ce visage, qu’une parole soit dite, un nom prononcé, et déjà nous voyons un peu plus loin, nous entrons dans l’intimité de l’autre, nous éprouvons le rayonnement de sa personnalité. C’est ainsi qu’une certaine image de Jésus disparaît aujourd’hui alors qu’il initie ses amis à une profondeur du regard qu’ils ne connaissent pas encore, qui dépasse le contact humain, mais qui est l’œuvre en eux de l’Esprit de Dieu.
Tout le monde le sait, ce qui est important, ça ne se voit pas. L’important est caché derrière les apparences. Pour prendre un autre exemple, quand on regarde l’art africain traditionnel, on constate que l’artiste africain ne reproduit jamais ce qu’il voit. Quand il veut représenter un roi, l’artiste africain va peut-être produire un masque évoquant le roi, mais jamais le visage du roi tel qu’il était. Cela est significatif. L’artiste africain ne reproduit pas ce qu’il voit, mais ce qu’il sait. La tradition africaine sait que la vérité est à rechercher derrière les traits d’un visage, comme souvent dans un livre la vérité que l’auteur veut transmettre se trouve entre les lignes ou cachée derrière les lignes. C’est cet aspect de l’art africain qui a inspiré le grand peintre Pablo Picasso à créer son propre style qui a bouleversé l’art moderne et lui a donné une nouvelle impulsion. Dans ce sens, regarder le visage de quelqu’un n’est pas vraiment le voir. Alors que pouvait être l’Ascension du Seigneur ? Comment se fait-il qu’il a « disparu de leurs yeux » ? L’Ascension est le mystère d’une présence non pas abolie, mais accomplie, divinement. Aujourd’hui Jésus ramène la façon de voir de ses disciples à un certain point de maturation, à un niveau insoupçonné pour qu’ils puissent se lancer dans leur nouvelle aventure.
Une autre image encore pour comprendre l’Ascension pour nous, ce peut être l’acte de Marie de Béthanie, celle à qui Jésus est apparu le premier après la résurrection. « Alors, Marie, prenant une livre de parfum très pur et de grand prix, oignit les pieds de Jésus. Et la maison fut remplie de l’odeur du parfum » (Jean 12 : 3). Si j’achète un flacon de parfum très précieux, que dois-je faire ? Le garder indéfiniment dans la maison ? Ce sera un abandon et jamais je n’arriverai à le connaître. Ou le vendre et donner l’argent aux pauvres, comme pensait Judas Iscariote ? C’est une fausse alternative. Pourquoi l’avoir acheté alors ? Ça n’a pas de sens. Marie fait un geste seigneurial : elle brise le flacon – un geste dont Jésus dit qu’il concerne sa passion – et répand le parfum pour son Seigneur, « et la maison fut remplie de l’odeur du parfum ! »
En ce jour de l’Ascension, Jésus lui-même brise un aspect de sa présence et libère le parfum pour toute l’humanité. Il faut que se brise le cercle limité de ses relations pour que se répande « jusqu’aux extrémités de la terre », le parfum de l’Esprit qui l’habite en plénitude. « Grâce soit à Dieu, s’écrie saint Paul, à Dieu qui, par nous, répand en tout lieu le parfum de sa connaissance. » (II Corinthiens 2 : 14-16). Au fait, l’Ascension et la résurrection sont différentes facettes du même mystère. Mais les disciples avaient besoin de ce mûrissement de quarante jours pour arriver à goûter dans sa plénitude le mystère de leur rédemption, l’intérioriser, et être prêts pour l’envoi en mission par l’Esprit de Pentecôte.
Le chiffre quarante signifie toujours la plénitude de la préparation dans la Bible : quarante ans d’errance à travers le désert pour le peuple d’Israël, quarante jours de marche à travers le pays pour le prophète Élie et quarante jours dans le désert aussi pour le Christ. Maintenant que le Christ a préparé ses disciples pendant quarante jours pour recevoir l’Esprit Saint, son temps s’achève et le temps des apôtres commence. Il peut maintenant s’en aller. Nous remarquons que la réaction des apôtres, en ce jour, n’est pas celle que nous pouvons attendre d’eux. Les apôtres ne sont pas tristes le jour de l’Ascension parce que leur Seigneur est parti. Ce qui les envahit, ce n’est pas la confusion, mais la joie : « S’étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem pleins de joie, et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu (Luc 24 : 52-53). Cette joie découle de leur nouvelle naissance, de l’enthousiasme pour la mission qui est désormais la leur, celle de ramener le ciel sur la terre, même s’il fallait pour cela donner leur vie pour le Seigneur et ressusciter avec lui à une vie nouvelle.
Amen.
(1) Quant à Mathieu que nous venons de lire, l’ascension et l’envoi des apôtres en mission ont eu lieu plutôt en Galilée, au Nord d’Israël (Matthieu 28 : 10, 16-20).
Suggestion pour l’Introduction à la Messe :
La fête de Pâques était une occasion pour nous de renouveler la foi de notre baptême ; celle de l’Ascension nous met en route pour que naissent les fruits concrets qui découlent de cet engagement. « Allez donc ! », lançait Jésus, en finale de l’évangile selon saint Matthieu (Matthieu 28 : 19). Préparons-nous à célébrer la fête de l’Ascension et prenons conscience de nos manquements. Reconnaissons-nous pécheurs.
Suggestions pour la Prière Universelle :
Introduction :
Louons le Dieu fidèle et bon pour l’œuvre merveilleuse qu’il a accomplie en son Fils, Jésus. Il l’a élevé à sa droite dans la lumière de sa gloire pour qu’il soit toujours présent et agissant auprès de nous. Par lui, offrons maintenant au Père, toutes nos intentions pour le monde et pour l’Église. Prions ensemble.
Conclusion :
Seigneur, accorde-nous d’être remplis de joie comme les Apôtres au jour de l’Ascension de ton Fils, et nous te louerons pour toujours de tout notre cœur. Toi qui vis et règnes dans un bonheur qui surpasse tout ce que nous pouvons penser ou imaginer. Maintenant et dans les siècles des siècles. – Amen.
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| Sixième dimanche de PÂques - Année A |
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Sixième dimanche de Pâques
Année A
(27 avril 2008)
[Actes 8 : 5-8, 14-17 ;
Psaume 65 (66) : 1-7, 16, 20 ;
I Pierre 3 : 15-18 ;
Jean 14 : 15-21]
Dimanche dernier, nous avons vu comment les apôtres avaient installé sept hommes de langue grecque comme diacres de l’Église de Jérusalem. Ces diacres étaient chargés des affaires matérielles de la première communauté chrétienne. Aujourd’hui, une semaine plus tard, nous sommes déjà en Samarie avec Philippe, l’un des sept.
C’est que les choses ont vite pris une tournure nouvelle. Luc nous dit qu’à la suite de la mort d’Étienne se leva une violente persécution contre l’Église de Jérusalem et que les disciples, à l’exception des apôtres, se dispersèrent hors de Jérusalem, en Judée et en Samarie. On dirait que la persécution visait surtout les frères de culture grecque ; c’est ainsi qu’on a lapidé Étienne et chassé les autres diacres hors de Jérusalem. Philippe, qui était l’un d’eux, a fui vers la Samarie, mais au lieu de s’y cacher, il s’est mis à proclamer l’évangile.
Philippe ne se contente pas seulement de prêcher, il pose aussi des gestes concrets qui confirment sa parole : il délivre les possédés des esprits mauvais, il guérit les malades, et ceux et celles qui adhèrent à son enseignement, il les baptise. La proclamation de Philippe est accueillie avec joie par les Samaritains. Comme les juifs, les Samaritains aussi attendaient un Messie (1), et ils l’ont reconnu dans l’envoyé de Dieu, Jésus le Nazaréen, mort et ressuscité.
Mais Jésus lui-même avait déjà préparé les mentalités. Il avait parlé avec la Samaritaine, et était resté deux jours dans leur village. Il avait raconté la parabole du bon Samaritain et il s’était émerveillé devant le sentiment de reconnaissance du lépreux samaritain guéri. C’est ainsi qu’il avait préparé la terre pour une ouverture d’esprit de la part des Samaritains. La semence que jette Philippe tombe en terre déjà défrichée.
Philippe porte l’évangile chez ces gens que les Juifs bien-pensants de Jérusalem considéraient presque comme des demi-païens. À cause d’un schisme religieux remontant très loin dans le temps, les Juifs fidèles au temple de Jérusalem tenaient les Samaritains pour des hérétiques. Grâce à l’audace de Philippe, l’évangile franchit la frontière de Judée et se répand en Samarie. Cela constitue un premier pas pour qu’ensuite la Bonne Nouvelle soit apportée chez toutes les nations païennes jusqu’aux extrémités de la terre.
Un autre trait de ce texte, c’est la continuité de la mission de Philippe avec celle des douze. Philippe reste en lien avec ceux qui lui ont confié sa mission. Ainsi Pierre et Jean arrivent de l’Église mère de Jérusalem, et ils constatent le bon accueil des Samaritains. Ils imposent alors les mains, et les Samaritains reçoivent le don de l’Esprit (2).
C’est ainsi que se réalise la présence du Ressuscité, selon la promesse faite par le Seigneur dans l’évangile d’aujourd’hui. En effet, Jésus dit à ses disciples : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur qui sera pour toujours avec vous. » (Jean 14 : 16-18). L’Ancien Testament présentait Dieu comme un défenseur des veuves et des orphelins. Au moment de sceller la nouvelle alliance, le Seigneur reconfirme à ses disciples la promesse de l’ancienne alliance en leur disant qu’il ne les laissera pas orphelins. Jésus s’en va, mais grâce à l’Esprit il demeurera l’Emmanuel, ce « Dieu avec nous » qu’avait annoncé les prophètes (Cf. Isaïe 7 : 14).
Quand il était sur la terre, Jésus courait à la défense de ses disciples chaque fois qu’ils étaient sous la menace d’un danger (Mathieu 12 : 1-8 ; Jean 18 : 8 etc.). Maintenant que Jésus s’en va, il dit qu’il va envoyer un autre défenseur à sa place, pour continuer son travail terrestre après son départ. L’Esprit descendra sur eux et fera d’eux des vivants. Et la Bonne Nouvelle se répandra jusqu’aux limites du monde, jusqu’à la fin des temps.
Amen.
(1) L’attente d’un prophète semblable à Moïse, annoncé en Deutéronome 18 : 15-19, était très vive chez les Samaritains qui n’acceptaient que les premiers cinq livre de la Bible (Voir Jean 4 : 25-26).
(2) L’Église se référera à ce passage de l’imposition des mains pour reconnaître la Confirmation comme un sacrement distinct du Baptême.
Suggestion pour l’Introduction à la Messe :
Aujourd’hui, dans l’évangile, Jésus invite ses disciples à lui rester fidèles. Dans les Actes des Apôtres, Philippe va fidèlement porter la Bonne Nouvelle chez les Samaritains. Prenons conscience de notre appel et de notre mission, et demandons pardon au Seigneur pour tous nos manquements. Reconnaissons que nous sommes pécheurs.
Suggestions pour la Prière Universelle :
Introduction :
Jésus a invité ses disciples à prier son Père en toute confiance. Exprimons-lui nos demandes avec la simplicité des enfants. Prions ensemble.
Conclusion :
Dieu notre Père, ton Fils intercède tous les jours en notre faveur auprès de toi. Écoute ses prières et manifeste-nous ton amour. Que ton Esprit, notre défenseur, demeure avec nous jusqu’à la fin des temps. Nous t’en prions par le même Christ, notre Seigneur. – Amen.
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| Le Don de Dieu - 3e dimanche du Carême - Année A Jean 4, 5-42 |
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LE DON DE DIEU
3e dimanche du Carême de l’Année A
JEAN 4, 5-42
INTRODUCTION
L’évangéliste Jean nous rapporte une rencontre très spéciale que Jésus a vécue avec une étrangère et dont la tradition chrétienne ne cesse de parler depuis deux mille ans. Quelle est l’occasion de cette rencontre? La soif d’un voyageur et le besoin d’eau d’une ménagère!
1- D’ASSOIFFÉ À GUIDE SPIRITUEL
Il est midi et il fait chaud. Jésus s’arrête près d’un puits tandis que ses disciples sont partis acheter de la nourriture à la ville. Une femme s’approche avec une cruche pour puiser de l’eau. Elle fait partie de ce groupe que les juifs haïssent. Ils ont même détruit le temple des Samaritains il y a plus d’un siècle sur le mont Garizim, prétextant qu’ils ont déformé les rites des ancêtres.
Jésus ne se laisse pas arrêter par les tabous. Il a soif. Il demande à boire. Très surprise qu’un juif lui adresse la parole, la femme consent à lui parler. En fait elle n’a pas froid aux yeux et les hommes ne lui font pas peur. Comme elle semble avoir l’esprit ouvert et curieux, Jésus oublie sa propre soif et s’intéresse au vécu de la personne qui est devant lui.
Il voit en elle une grande soif d’affection, d’amour, de bonheur, de relation vraie. Il n’hésite pas à lui offrir ce qu’il est le seul à pouvoir donner : une eau vive qui vient de Dieu et qui étanche toutes les soifs. Il va même jusqu’à révéler sa propre mission : « L’heure vient, c’est maintenant! » Oui! il est le Messie, le Christ, celui qui a les paroles de la vie éternelle.
Sur le bord du puits de Jacob, Jésus s’est présenté comme un assoiffé. Il se révèle maintenant comme un guide spirituel. Il invite la Samaritaine à entrer dans une relation d’intimité avec Dieu. Comment? En faisant la vérité en elle. En acceptant d’adorer Dieu dans son cœur d’abord. Car Dieu est Esprit. Jésus l’invite à une relation amoureuse authentique et non seulement à des rites liturgiques qui se pratiquent dans un temple ou sur une montagne.
2- DE PORTEUSE D’EAU À PORTEUSE DE BONNE NOUVELLE
Cet entretien qui se passe au puits de Jacob a sûrement duré un certain temps. Jean n’en conserve que l’essentiel. Mais quel chemin parcouru par cette femme dont on ignore le nom. Au début c’est la ménagère qui s’amène avec une grosse cruche. Elle a besoin de beaucoup d’eau pour abreuver les gens de sa maison, pour faire la nourriture, pour assurer la propreté de la vaisselle, du linge, des lieux, des personnes.
Et voici que cet étranger, ce juif, lui parle d’une eau vive qui apaise totalement la soif. Elle soupire après cette eau, mais demeure au niveau de ses besoins matériels. Ce n’est qu’au moment où Jésus lui reflète qu’elle en est à son sixième compagnon de vie qu’elle passe au niveau de sa conscience morale où elle n’est pas très à l’aise ni devant Dieu, ni devant les humains.
Elle s’aventure alors à parler de prière et de lieux de culte. Elle affirme d’abord sa solidarité avec les siens qui revendiquent le droit d’adorer le Dieu de leurs ancêtres sur leur montagne. Mais elle dit aussi son propre désir de s’approcher de Dieu. Et d’un même mouvement intérieur son cœur s’ouvre à la parole de Jésus. Malgré son indignité, elle se voit interpellée à devenir une adoratrice du Père en esprit et en vérité. Le don de Dieu l’a rejointe et transformée.
Oui! cet étranger est sûrement un prophète puisqu’il connaît sa vie. Mais il est peut-être le Messie, le Christ tant attendu, puisqu’il annonce un Dieu-Père qui peut être adoré n’importe où. Et la femme oublie sa cruche et court annoncer cette Bonne Nouvelle aux siens. En ouvrant son cœur au « don de Dieu », elle devient comme transfigurée et plusieurs personnes de Sychar feront comme elle.
3- LE DON DE DIEU
« Si tu savais le don de Dieu ». Cette parole adressée à la Samaritaine nous rejoint aujourd’hui. Quel don Dieu veut-il nous faire? Ou mieux, quel est le don qui est propre à Dieu? Nous disons que certains ont le don des langues quand ils peuvent parler facilement le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien et l’allemand. Ou le don de guérison, comme le frère André. Ou le don de l’éloquence ou le don de l’écoute…
Quel est le don de Dieu pour notre communauté chrétienne? Je risque une réponse que chacun et chacune pourra compléter selon son expérience. Le don de Dieu, c’est :
· Jésus ressuscité qui dans l’eau vive du baptême fait de nous des fils et des filles du Père.
· Jésus ressuscité qui nous rassemble. Il est au milieu de nous. Par son Esprit il habite notre cœur et nous met en relation d’intimité avec son Père. Nous devenons, individuellement et ensemble, le temple de Dieu.
· Jésus qui a les paroles de la vie éternelle. Son enseignement rejoint la conscience de chacun et chacune d’entre nous et nous invite à faire la vérité dans notre conscience et dans notre coeur, à vivre dans la transparence des enfants de Dieu.
· Jésus qui refait pour nous son dernier repas. Il répond à notre soif de présence divine. En se faisant pain de la vie éternelle, il nous met en communion avec le Père du ciel.
CONCLUSION
Jésus glorifié, don de Dieu au monde, élève nos cœurs jusqu’à son Père du ciel. Il nous envoie son Esprit pour inspirer notre prière :
« Merci! Père, pour le don de ton Fils. Il se fait pain de la vie éternelle pour que nous devenions tes adorateurs en esprit et en vérité. » Amen!
Bernard Lacroix, c.s.c.
Le 20 février 2008
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